Un renseignement!... Un commentaire!... Farinelli 1705 - 1782 Le dieu vivant A Londres, qu'il découvre en 1734, une dame s'écrie :"One God, one Farinelli". Le poète Paolo Rolli, qui pourtant vénère Senesino et connaît tous les chanteurs de son temps, avoue : "Je n'avais entendu jusqu'alors qu'une faible part de la voix humaine; à présent, je l'ai entendue tout entière."Londres est à genoux. Carlo Broschi n'est pas issu d'un milieu modeste, mais voit le jour dans une famille noble d'Andria le 24 janvier 1705. Qu'est-ce donc qui a pu convaincre son père de le faire castrer? Quelque maladie véritable? Cette "chute de cheval" avancée comme un banal prétexte? Le fait est que Carlo, qui prendra le nom de Farinelli se rend tout jeune à Naples où il reçoit l'enseignement de l'illustre Porpora. C'est là qu'il fait ses premières armes en 1720 dans une serenata de son maître. Il a quinze ans; son minois et sa voix d'ange le destinent aux rôles féminins dont il s'acquitte à merveille. Après Naples, Porpora présente son trésor à Rome. C'est là qu'a lieu le célèbre concours improvisé avec un trompettiste que le jeune vocaliste laisse à bout de souffle. Il éblouit les musiciens, subjugue le public, impressionne ses aînés. A 25 ans, le monde lui appartient. C'est alors que deux souverains vont changer sa vie. Le premier est l'empereur Charles VI qui l'invite à montrer plus d'émotion. Le chanteur retiendra la leçon : "toucher" sera désormais son dessein. Le second est le roi d'Espagne, Philippe V dont l'accession au trône avait déclenché une guerre et qui se morfondait en attendant la mort ! La reine Elisabeth refuse d'abdiquer et fait venir à la Cour ce célèbre soprano qui enchante l'Europe afin d'apporter au roi un peu de réconfort. De 1737 jusqu'à sa mort en 1746, le roi d'Espagne ne sera retenu à la vie que par le fil de la voix de Farinelli.A l'avènement de Ferdinand VI, en 1746, le chanteur ne quitte pas le palais. Au contraire, il accède à la noblesse sans cesser d'être attentif aux siens et généreux envers les pauvres. La reine Barbara adore l'opéra et fait nommer Farinelli directeur du nouvel opéra de Madrid. Mais la fatalité pèse sur cette cour. A la mort de la reine, Ferdinand inconsolable à son tour perd la raison. L'heure de la délivrance sonne en 1759 lorsque lui succède Charles III, lequel, soit par défaut d'oreille soit par méfiance, congédie le sauveur qui vient de passer 22 ans en Espagne. Et voici que la mélancolie qu'il guérissait hier soudain le frappe à son tour. Il rentre en Italie et s'établit dans une somptueuse villa bolonaise où il mourra le 16 septembre 1782, se croyant oublié de tous.
Le royaume du chant leur appartient ...